Un vieil avocat de mes amis me racontait un de ses procès d’Assises. Il défendait une dame qui avait tué son mari avant de le découper en morceaux. Après le témoignage circonstancié de
l’accusé, membre par membre, le président du Tribunal interroge la prévenue :
-Et après, Madame, qu’avez-vous fait ?
-J’ai perdu la tête, monsieur le Juge.
Samedi, à Deauville, les commissaires de courses ont perdu la tête, non pas de leur mari, mais de Free And Brave, arrivé troisième, une tête devant Wait And See. On ne sait pas comment ils ont
fait pour se tromper. Et c’est pourtant ça qui nous intéresse. Je n’ai rien trouvé dans la presse. Des cris, des plaintes, des railleries, des menaces, mais des vraies explications, aucune. «
Comment avez-vous perdu la tête, messieurs les commissaires ? », voilà la question que je poserais, si j’étais journaliste hippique. Comment ça s’est passé. L’erreur est humaine, nous dit-on,
justement, tout ce qui est humain mérite récit détaillé, c’est passionnant de savoir comment se produit une telle erreur. On en est réduit à plusieurs hypothèses. La première, évidemment : ils
étaient tous ivres, après un bon repas, la chaleur, le petit vin de pays (Calvados), et toc, moment d’inadvertance. Mais non, ce sont des gens sérieux. Ils ont été drogués à l’insu de leur
plein gré. Dopage dans le milieu des courses, ça serait bien la première fois que le fléau se serait attaqué à l’encadrement, on a du mal à y croire. Ils ont été achetés, soudoyés par des
bookmakers chinois ou anglais. Impossible, ce sont des gens honnêtes. Ils étaient fatigués, ils se sont endormis. La multiplication des courses, la pression, la nouvelle loi sur les paris
sportifs, c’était trop lourd à gérer, tout à coup. Autre hypothèse, c’est un acte volontaire, ils ont voulu manifester leur mécontentement, on les oublie, on les méprise, ils sont mal payés,
que sais-je, à l’image des ouvriers qui menacent de faire sauter leur usine, ils ont changé l’arrivée du quinté pour montrer leur pouvoir de nuisance. Ou alors ils ont regardé la course les
pieds en l’air : entre le 9 et le 16, ils se sont fait un 169 de délire. A moins que leur attention ait été détournée par quelque chose, quelqu’un, je ne sais pas, une pouliche de toute beauté,
à peine débourrée… Encore une possibilité qui n’est pas à exclure tout à fait : la grippe A continue ses ravages : les commissaires portaient des masques protecteurs qui leur obstruaient la
vue. En plus, gavés de tamiflu, ils ont éternué pendant 13 minutes.
L’arrivée de la course. Mais attention, c’est une photo qui n’est pas du tout “officielle” et ne rend pas compte de la réalité des écarts.
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La semaine dernière, c’était le logiciel du PMU qui déraillait (coût des deux pannes du 14 juillet et du 10 août : 4 millions d’euros de CA, selon les dires du patron, Philippe Germond,
interrogé par Jour de Galop ce matin), cette fois c’est le disque dur des commissaires qui explose en vol. Quelle chaleur.
Le PMU, une fois de plus, paie les pots cassés : l’ordre véritable d’arrivé ayant été rétabli, et pour ne pas se faire accuser de léser le parieur, il décide de payer aussi l’ordre nouveau. A
qui ? A ceux qui n’ont pas jeté leur ticket. Qui ont refusé l’ordre établi. La prime aux rebelles, en quelque sorte. Bravo ! bel exemple de civisme, c’est avec ce genre de gentillesses qu’on
fait des générations de soixante-huitards qui vont vous monter des barricades et tout ça.
Bien sûr que tout le monde a jeté ses tickets. Certains les ont ramassés, il y a des professionnels de la chose. A ce propos, j’attends le grand reportage dans Paris Turf sur les ramasseurs de
tickets tombés par terre ? Ils ont des trucs à raconter. C’est vrai qu’ils n’ont pas des têtes d’annonceurs, mais ils sont plus marrants qu’un commentaire de Pierre Levesque à l’arrivée du
quinté.
Donc, ceux qui avaient joué Free And Brave à la place, ou en jumelé, ou en tiercé en sont pour leurs frais. On ne va pas en faire un drame. Les commissaires ne sont pas des pilotes d’avion, ils
n’ont pas scratché un A320 sur l’hippodrome de la Touques. Du calme. Mais le récit détaillé de leur mésaventure nous aurait un peu consolés : savoir à quel moment ont-ils perdu la tête, et
comment ils l’ont retrouvée, ça vaut un handicap de maiden.
Le PMU déclare : « Nous paieront tout. » La chose amusante étant que le PMU ne paiera que les parieurs sur Internet. En effet, les parieurs « en dur », les malheureux qui se sont
traditionnellement rendus à leur guichet bistrot point courses pour faire la bonne combinaison et finalement jeter leur ticket par terre, ils n’ont absolument aucune preuve d’avoir joué la
bonne combinaison. Le pire : ceux qui sont allés toucher le quinté dans le désordre alors qu’ils l’avaient dans l’ordre (ça ne fait pas beaucoup de monde, mais c’est pour le principe), ils ont
donné leur ticket, on leur a rendu de l’argent, et basta, aucun récépissé ne leur a été donné qui leur permettrait de dire : « Je l’avais dans l’ordre ». C’est fichu pour eux, ils n’avaient
qu’à attendre un peu qu’on change l’ordre d’arrivée. En revanche, ceux qui ont parié par Internet sur PMU.fr, ils ont laissé des traces, on peut les retrouver facilement et leur verser
miraculeusement la différence entre l’ordre et le désordre du quinté et du quarté, entre le tiercé et rien du tout, entre la place et rien du tout. Ceux-là ont été crédités automatiquement,
nous informe le PMU. C’est justice.
Sauf qu’une question grave se pose : ceux qui ont été crédités indûment, selon une arrivée qui s’est avérée fausse, est-ce qu’on va leur retirer leurs sous ? Celui qui a touché dans l’ordre le
quinté, en ayant joué par Internet et qui a vu son compte faire un bon de 50 000 euros, est-ce qu’on va lui annoncer que non, c’est une erreur, il ne gagne que le quinté dans le désordre : 400
euros et des brouettes ? Aura-t-on cette cruauté ? Non, certainement pas. Et pourtant, ce serait logique, équitable, ce ne serait que justice. Une justice que pourraient d’ailleurs réclamer les
autres parieurs, mutuellement concernés par ce cadeau indu accordé à d’autres parieurs. Si j’ai bien compris, d’ailleurs, la fausse arrivée sera aussi payée aux parieurs en dur ! Ils se
présenteront avec leur ticket perdant et sous prétexte que les commissaires se sont trompés, on va leur payer plus de 50 000 euros, au détriment des caisses mutuelles du PMU et donc des autres
parieurs. Mais alors, les courses, c’est quoi ? Le Spot généralisé ?
Peut-être que les commissaires ont essayé la formule Spot, à l’arrivée de samedi. La voilà sous un autre angle. Plus joli, non?
Autres questions sans réponse en forme d’appel à témoins : n’y a-t-il pas eu des réaction dans le public ? Les gens d’Equidia n’ont rien dit, rien fait, pas ouvert la bouche pendant 13 minutes
? Les téléspectateurs sont restés cois ? Les jockeys concernés ont perdu la tête eux aussi ? Les propriétaires n’ont pas protesté ? Comment s’est passé le retournement des commissaires, la
prise de conscience de l’erreur ? Dieu tout puissant, comme il nous en manque, des infos ! La bible des course va-t-elle enfin venir à notre secours ?